L'édition de la "Maison du livre" de Charles Meunier, préfacée par Jules de Marthold, illustrée par Marc Dutzanen, est une des plus belles, tirée à 125 exemplaires en 1904.














"J'aime Dijon comme l'enfant la nourrice dont il a sucé le lait, comme le poète, la jouvencelle qui a initié son coeur"


Ce texte paraît être un résumé confus et partial de faits historiques ayant eu lieu entre le 11 janvier 1358, date du discours du dauphin Charles aux parisiens - discours des Halles - et le 2 août 1358, date de son retour dans la capitale. Entre-temps ont été assassinés Jean de Conflans et Robert de Clermont, ses proches conseillers, par Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris, et ses complices. Ce forfait commis le 22 février 1358, marquera la rupture des relations avec le dauphin, une conciliation étant toutefois tentée du 26 février au 4 mars 1358 à l'hôtel de Nesle à Paris, entre ledit dauphin et le roi Charles de Navarre. Le dauphin - régent du royaume à compter du 14 mars 1358 - se réfugiera en province. A la demande d'Etienne Marcel, Charles de Navarre sera nommé Capitaine de la Ville de Paris le 15 juin 1358. Profitant de cette nouvelle position, il mènera un triple jeu avec le dauphin et le roi Edouard III d'Angleterre. Chargé de la défense de la ville, il fera appel à des mercenaires de toutes nationalités venus des "Grande Compagnies", dont un nombre important d'anglais. A la suite d'exactions commises à Saint-Cloud, attribuées aux "anglais", la population parisienne se vengera sur le contingent présent intra-muros ( 24 tués, 4 à 500 prisonniers retenus au Louvre ) et exigera une chasse aux pillards. Deux troupes seront ainsi formées. Charles de Navarre et Etienne Marcel prendront la tête d'un groupe qui ne rencontrera aucune difficulté, le second tombera dans une embuscade meurtrière ( envrion 600 morts ). Des soupçons de complicité seront alors portés sur Etienne Marcel, d'autant mieux discrédité qu'il libérera les prisonniers anglais détenus au Louvre. Il sera assassiné le 31 juillet 1358 par l'échevin Jean Maillard, l'un de ses meilleurs soutiens.
La chronique de Louis Bertrand, reprenant pêle-mêle des événements historiques, rend donc compte, par le fond et la forme, de la confusion de l'époque qui voyait s'agiter les prétendants à la couronne de France (Jean le Bon est prisonnier d'Edouard III d'Angleterre). Sa prise de position par rapport à Etienne Marcel, pour partiale qu'elle soit, est conforme à l'opinion de son époque. Il est toutefois vraisemblable qu'il l'aurait soutenu dans sa lutte pour les libertés publiques.
( le moulin de Chèvremorte est visible en contrebas du "For aux fées" ; le toponyme viendrait du fait qu'on y pouvait passer la rivière d'Ouche à gué ou encore " à la chèvremorte", c'est à dire en portant un fardeau sur le dos. )

( le village de Plombières qui a donné son premier titre au poème )
Sur le plan historique, Eugène Fyot en dit ceci :
" Avant donc que les ingénieurs eussent fait sauter les rocs gênants pour leur tunnel, la muraille de pierre qui domine encore la route pointait vers le ciel, à vingt mètres du sol, son sommet hardi. Dans ses flancs s'ouvraient des excavations formant de véritables chambres souterraines, où des ressauts de pierre offraient, sur leurs parois, des banquettes de repos. Ces ingénieux réduits étaient l'oeuvre des eaux, mais l'imagination de nos pères les peupla de mystères.
Les plus vieilles traditions locales, signalées par Legouz Gerland, voulaient que les druidesses de la région en eussent fait leur retraite. Elles venaient, disait-on, près de Talant pour rendre des oracles. Mais le moyen âge eut tôt fait de transformer les druidesses en fées, et il ne manqué point de témoins sincères qui virent au clair de lune les blanches théories de dames entrer silencieusement dans les grottes du rocher. Ce rocher, on le désigna bientôt sous la dénomination patoise de For es fées qu'on écrivit plus tard abussivement "fort aux fées". Nous disons abusivement, car le mot patois "fort" fut plus généralement interprété comme venant de forum, lieu d'assemblée, tandis que certains étymologistes lui donnent simplement la signification de four à cuire la pâte, dont la forme se retrouve dans les grottes et les cavernes. (.../...)
Au surplus, chacun sait que les fées, très soigneuses en général de leur personne, sauf les fées grognon, fréquentaient les rivières et les sources. Sous leur for coulaient bien deux filets d'eau qui s'en allaient dans l'Ouche, mais les filets étaient trop minces et l'Ouche trop en contrebas. Aussi les fées, pour se baigner, préféraient-elles gagner la fontaine qui sort à mi-côte au midi de la montagne de Talant. Ce qu'elles faisaient, comme bien on pense, pendant la nuit fort discrètement, et nul ne put jamais les surprendre. En tout cas la chose n'est pas douteuse, puisque la fontaine s'appelle toujours en témoignage, la Fontaine aux fées.

Puis, ces dames, en veine de balade poussaient une pointe jusqu'à la Roche Fendue qui s'appelle encore Roche à la Bique, sorte de menhir naturel situé sur le versant du coteau de la combe Valton, près de Bonvaux. Cette roche haute de 3 mètres sur un de large, est percée dans son milieu. Elle devint plus tard, dit la tradition un lieu de sabbat pour les sorcières du moyen âge, et servit de rendez-vous aux carbonari de la Restauration.
Mais n'oublions pas le For aux fées. Ses hantises fantastiques s'étaient bizarrement corsées d'une tradition religieuse, et les savants prétendent qu'au temps de la domination romaine, on avait élevé, au pied de la roche, un temple consacré à la divinité de la source (.../...)...tout à côté de cette source...s'éleva au moyen âge un oratoire consacré à Notre Dame de la Roche. La Tibériade nous le montre placé au pied du rocher sur le bord du chemin. On dirait un petit temple grec au fronton surbaissé.
Et non contents de protester contre le paganisme antérieur, nos pères, poussés peut-être par la frayeur secrète des traditions fantastiques persistantes avaient multiplié tout à l'entour des signes de dévotion soigneusement reproduits par le peintre. Au-dessous de l'oratoire, une niche creusée dans le roc est pourvue d'une madone et sur le sommet se voit un calvaire monumental dont la croix centrale parait vide mais ornée seulement du chrisme. Des larrons semblent attachés aux croix latérales et une clôture entoure le tout. Au pied du calvaire, un Dieu de pitié, et plus près de Chèvre-Morte, encore un pic surmonté d'une croix. Presque au-dessous, une image enchâssée dans le roc laisse subsister le doute. Etait-elle sainte, Vénus ou Fée ? La question n'est pas facile à résoudre. (.../...)
Au XVIII° siècle (.../...) pour que rien ne manquât à la poésie religieuse qui s'attachait à la Roche, un ermite vivait dans la grotte des fées, à proximité de la chapelle. Il priait, recueillait parfois les voyageurs et recevait les visites de son confrère, l'ermite de Bruan. (.../...)
Quant à l'oratoire, s'il échappa à la fureur des révolutionnaires, c'est que la famille Jacquin l'avait dissimulé en l'entourant de décombres et de planches. Il subsista plus d'un demi-siècle encore ; puis vint ce grand destructeur utilitaire devant qui on s'incline sans murmurer, le chemin de fer. Il fallut percer le rocher, l'émonder de toutes parts, murer les grottes, et la chapelle disparut."
On voit donc que les lieux étaient chargés de symboles fantastiques ou religieux, de souvenirs divers, toujours présents malgré la pression actuelle de la ville. Enfin, on pourra noter, d'une part, que la diligence ne pouvait peiner à Chèvremorte, la route, suivant les méandres de l'Ouche, étant plate et, de ce fait, non encore utilisée par la ligne en raison des risques d'inondation. Le relevé du parcours d'époque, effectué par Cargill Sprietsma, a été confirmé par Victor Hugo dans " Choses vues" 1839 - Midi de la France et Bourgogne. D'autre part, que si Louis Bertrand n'était pas renommé pour "hurler de la corne", son frère Frédéric était célèbre à Dijon pour toujours se promener cor de chasse en bandoulière. J'entends indiquer par ces remarques complémentaires que, comme souvent, le tableau brossé par Louis Bertrand est fait de touches juxtaposées inspirées tant par le réel que l'imaginaire sans qu'il soit possible de tout à fait les distinguer.


