La place du Morimont


L’actuelle place Emile Zola, bordée de nombreux restaurants faisant terrasse, par beau temps, sous les platanes centraux, était auparavant nommée place du Morimont. Ce nom dérive, par un léger glissement - « t » final en place de « d » - de celui de l’Hôtel de l’abbé de Morimond [ l’abbaye de Morimond (Mori mundo = Mort au monde devenant Mont de la mort = échafaud ) était la quatrième fille de Cîteaux, dans le diocèse de Langres], sis 17, rue Monge (actuelle - ancienne rue Saint-Jean ), dont la façade arrière donnait sur la place des exécutions.


le cellier de l'Hôtel de Morimond.
Eugène Fyot en dit ceci :

« Quant à la place du Morimont, pendant près de cinq siècles, elle offrit aux dijonnais le spectacle toujours recherché, hélas ! des souffrances souvent atroces de l’expiation. Au centre s’élevait un échafaud composé d’une plate-forme rectangulaire élevée de six pieds au-dessus du sol, sur cinq piliers de pierre ; on y accédait pas deux échelles latérales…/…Sur l’échafaud se plaçait le billot de bois sur lequel le bourreau décollait, à grands coups de hache ou d’épée, la tête du condamné à la peine capitale.

En face de l’hôtel du Morimont, la roue horizontale attendait perpétuellement sur son axe l’exposition des patients plus ou moins désarticulés par la barre du bourreau. Et de l’autre côté enfin, le gibet en forme de potence recevait les pendus.

Comme on le voit, l’aménagement comportait la variété des supplices. Il arrivait même qu’on disposait, dans certains cas spéciaux, en arrière de l’échafaud, un bûcher autour d’un grand pilier de bois.

Pendant la Révolution, le gibet et la roue disparurent, mais la guillotine demeura deux années sur place en permanence. » Ce n’est que le 5 Brumaire an III - 26 octobre 1794 - que le représentant Callès ordonna de l’enlever. Elle ne revint plus que ponctuellement, pour les besoins de Justice, que jusqu’au milieu du règne de Louis Philippe.

Henri Chabeuf donne quelques détails sur les exécutions :

« Pendant trois ou quatre siècles, sur la place où la potence et la roue étaient en permanence à côté d’un calvaire, on pendit, on roua, on décapita, on brûla en attendant la guillotine, l’exposition et la marque. Le 6 mars 1586, après amende honorable au Dieu de pitié du chevet de Saint Jean, y fut brûlé vif Renvoisy, « maistre de musique habile et des plus habiles joueurs de luth qu’il y eust ; » là, le lundi 12 mai 1625, se passa le drame unique dont Hélène Gillet fut l’héroïne ; là tombèrent les têtes du président Giroux et de D. Georges Bourée, qui auraient mérité dix fois la roue. Jusque dans le sensible XVIII° siècle, les exécutions sont un spectacle d’autant plus suivi qu’il y a plus de raffinement ; ainsi le 12 mars 1772, un rare supplice a attiré la curiosité de bien des spectateurs dit le « Mercure dijonnais » ; on devait brûler sur le même bucher, mais à deux poteaux, une femme qui avait empoisonné son mari, et son complice, un crime passionnel comme on voit. Malheureusement pour les amateurs, les suppliciés furent d’abord étranglés. Là eurent lieu plus tard les quinze exécutions de la Terreur dijonnaise ; un jour d’octobre 1793, un cortège s’est dirigé, musique en tête, vers le Morimont, escortant deux voitures chargées de tableaux, tapisseries fleurdelisées, bustes, livres, estampes, etc…, et le tout fut entassé sur un bûcher qu’alluma l’exécuteur des hautes œuvres. »

Voici la place Emile Zola, aujourd’hui difficilement présentable car souvent encombrée, aux heures tranquilles, de piles de chaises, de tables enchaînées, et de conteneurs colorés malodorants.






Le Gibet






"Ah ! ce que j'entends, serait-ce la bise nocturne qui glapit,
ou le pendu qui pousse un soupir sur la fourche patibulaire ?

Serait-ce quelque grillon qui chante tapi dans la mousse et
le lierre stérile dont par pitié se chausse le bois ?

Serait-ce quelque mouche en chasse sonnant du cor
autour de ces oreilles sourdes à la fanfare des hallali ?

Serait-ce quelque escarbot qui cueille en son vol inégal un
cheveu sanglant à ce crâne chauve ?

Ou bien serait-ce quelque araignée qui brode une demi-aune
de mousseline pour cravate à ce col étranglé ?

C'est la cloche qui tinte aux murs d'une ville, sous
l'horizon, et la carcasse d'un pendu que rougit le soleil
couchant.





Edition " Le livre et l'estampe" - Introduction de S. de Pierrelée - Illustrations J Fontanez - 1903


"Cette édition de l'oeuvre de Louis Bertrand est la troisième qu'on offre au public. La première, celle que donna à Dijon, M. Victor Pavie voici soixante ans, fut au dire de l'éditeur un des plus beaux désastres de la librairie contemporaine. Pendant de nombreuses années ce bel in-octavo, broché de vert, couleur pourtant d'espérance, traîna les étalages des bouquinistes, voire même les boîtes - ces cimetières de livres - aux parapets des quais.

Pui un beau jour on s'aperçut que ce nom inconnu, était celui d'un maître, que ce volume dédaigné était un pur et précieux chef d'oeuvre, on l'acheta. Il était trop tard ; ce livre dispersé, déchiré, à moitié détruit devint du coup "rare et précieux", comme on dit en terme de bibliophilie et de quatre sous il monta à quatre louis. (... /...)

Ces pages d'ailleurs suffisent à présenter Louis Bertrand, elles sont parfaites, il ne peut venir à quiconque l'idée qu'un seul mot soit à reprendre et à corriger. C'est son oeuvre, comme l'a écrit Sainte-Beuve, d'imagier, d'orfèvre, d'émailleur, c'est d'une ciselure poussée à la suprême perfection. (.../...)

Il incarne aussi absolument que possible, plus que bien d'autres mieux connus, un des chefs principaux de l'école romantique dont Hugo fut le Dieu et dont le but était : rénovation du style, refonte complète des expressions, des termes, des mots, des moyens d'expression de la pensée humaine.

Il ne fut pas un bruyant, un robuste combattant, ce ne fut pas un sans-culotte de cette révolution littéraire, mais il fut un habile, un délicat, il ne bouscula pas la grammaire pour la rénover, il l'enjoliva très gracieusement, exquisement.

Il pesa comme nul autre ses mots, il sut à chacun donner sa signification, à la fois exacte et complète, en ne l'embrouillant pas d'adjectifs, en ne l'empêtrant pas de qualificatifs, en le choisissant assez clair et précis, pour dire à lui seul tout ce qui devait être dit.

Il a des phrases de trois mots qui valent un long discours comme dirait un Boileau de nos jours, parce que ses mots sont si bien choisis, si bien accouplés qu'ils forment image, précise et juste."

Des illustrations de J. Fontanez



"Ma chaumière"


"La cellule"


"Les grandes compagnies"


"Les flamands"


"La salamandre"


"Un rêve"


"Le nain"


"La sérénade"



"L'office du soir"


"Le raffiné"


" La Tour de Nesle "


" Le falot "


"Les deux juifs"


"Départ pour le sabbat"


"Le marchand de tulipes"


"Harlem"


Jacques Callot

"Le poème en prose de Baudelaire jusqu'à nos jours "- Suzanne Bernard



A propos de Louis Bertrand et de "Gaspard de la Nuit" :

"Etrange revanche posthume ! L'oeuvre au cours des années cheminait, se propageait de façon presque souterraine, fécondait au passage les obscures vélléités d'un Baudelaire, d'un Lautréamont, d'un Mallarmé, obtenait enfin de la part des critiques modernes une véritable consécration : certains allant jusqu'à donner à Bertrand une place de choix au firmament poétique, non comme simple satellite des poètes romantiques, mais comme précurseur (avec Nerval et Baudelaire) de l'"alchimie lyrique".Et sans doute Aloysius Bertrand n'avait pas mérité ni cette indignité ni cet excès d'honneur. Est-il besoin de dire qu'il n'est comparable ni à un Nerval, ni à un Baudelaire ? Je crois toutefois que "Gaspard de la Nuit" restera, suivant l'expression de R. Schwab (dont la belle étude le replace définitivement parmi les précurseurs de la poésie moderne)"une articulation éternelle de l'histoire littéraire " : et cela précisément parce qu'il y a une poésie de la prose qui commence à Gaspard, parce que Bertrand est le véritable créateur ( et ce point n'a jamais, je crois, été contesté) du poème en prose, comme genre littéraire.L'originalité de Bertrand éclate, quand on compare ses "ballades" à celles que publient alors les keepsakes romantiques : plus de phraséologie pompeuse, plus de pseudo-hellénisme, ni d'exotisme de commande ; mais un pittoresque particulier, très personnel, et servi par une technique très poussée de la phrase en prose. Bertrand, c'est indéniable, a voulu écrire des poèmes, et non de la prose plus ou moins rythmée (juste avant sa mort, écrivant à son éditeur, il lui recommande de blanchir comme si le texte était de la poésie" ; et il poussait même le scrupule jusqu'à vouloir supprimer, comme de caractère trop anecdotique, les chroniques de Gaspard. Il faut lui savoir gré d'avoir vu que ce genre nouveau réclamait des règles nouvelles, et qu'il ne suffisait pas de décalquer des tournures dites poétiques, ou d'imiter certaines cadences du vers pour faire un poème en prose - d'avoir pris, d'autre part, la géniale initiative de remplacer la ballade exotique, la pseudo-traduction, par la ballade médiévale et fantastique qui, tout en dépaysant le lecteur dans le temps, cette fois, et non plus dans l'espace, garde une saveur autochtone et trouve ses racines dans l'âme même de l'auteur."

"A Rebours" - J. K. Huysmans



"De toutes les formes de la littérature, celle du poème en prose était la forme préférée de des Esseintes. Maniée par un alchimiste de génie, elle devait, suivant lui, renfermer dans son petit volume, à l'état d'of meat, la puissance du roman dont elle supprimait les longueurs analytiques et les superfétations descriptives. Bien souvent, des Esseintes avait médité sur cet inquiétant problème, écrire un roman concentré en quelques phrases qui contiendraient le suc cohobé de centaines de pages toujours employées à établir le milieu, à dessiner les caractères, à entasser à l'appui les observations et les menus faits. Alors les mots choisis seraient tellement impermutables qu'ils suppléeraient à tous les autres ; l'adjectif posé d'une si ingénieuse et d'une si définitive façon qu'il ne pourrait être légalement dépossédé de sa place, ouvrirait de telles perspectives que le lecteur pourrait rêver, pendant des semaines entières, sur son sens, tout à la fois précis et multiple, constaterait le présent, reconstruirait le passé, devinerait l'avenir d'âmes des personnages, révélés par les lueurs de cette épithète unique.

Le roman, ainsi conçu, ainsi condensé en une page ou deux, deviendrait une communion de pensée entre un magique écrivain et un idéal lecteur, une collaboration spirituelle consentie entre dix personnes supérieures éparses dans l'univers, une délectation offerte aux délicats, accessible à eux seuls.

En un mot, le poème en prose représentait pour des Esseintes, le suc concret, l'osmazome de la littérature, l'huile essentielle de l'art.


Cette succulence développée et réduite en une goutte, elle existait déjà chez Baudelaire, et aussi dans ces poèmes de Mallarmé qu'il humait avec une si profonde joie."



Pas un mot à ajouter ou retrancher, Baudelaire et Mallarmé, revendiquant tous deux Louis Bertrand pour modèle, Huymans le plaçant lui-même en tête de son anthologie personnelle : " Cette anthologie comprenait un selectae du "Gaspard de la nuit" de ce fantasque Aloysius Bertrand qui a transféré les procédés du Léonard dans la prose et peint, avec ses oxydes métalliques, des petits tableaux dont les vives couleurs chatoient, ainsi que celles des émaux lucides."

Scarbo








"Oh ! que de fois je l'ai entendu et vu, Scarbo, lorsqu'à
minuit la lune brille dans le ciel comme un écu d'argent sur
une bannière d'azur semée d'abeilles d'or !

Que de fois j'ai entendu bourdonner son rire dans l'ombre
de mon alcôve, et grincer son ongle sur la soie des courtines
de mon lit !

Que de fois je l'ai vu descendre du plancher, pirouetter
sur un pied et rouler par la chambre comme le fuseau tombé
de la quenouille d'une sorcière !

Le croyais-je alors évanoui ? le nain grandissait entre la
lune et moi, comme le clocher d'une cathédrale gothique, un
grelot d'or en branle à son bonnet pointu !

Mais bientôt son corps bleuissait, diaphane comme la cire
d'une bougie, son visage blémissait comme la cire d'un
lumignon, - et soudain il s'éteignait."






Edition Pincebourde 1868 - Introduction de Charles Asselineau - Frontispice de Félicien Rops.


"Une collection de Curiosités Romantiques devait être inaugurée par Louis Bertrand. Il représente en effet plus complétement, plus manifestement que nul autre, une des prétentions cardinales du programme de la révolution littéraire d'il y a quarante ans : innovation ou plutôt rénovation dans le style ; révision du matériel de l'art d'écrire et des moyens d'expression.

Il eut le don, - comme d'autres en ce temps-là eurent le don de la passion, de la véhémence et de la création poétique, - il eut le don de la délicatesse, de la finesse et de la justesse. Tandis que quelques-uns autour de lui, impatients et turbulents, violaient la langue et la brutalisaient, lui, il l'étudia sérieusement, patiemment et savamment, pesant les mots, remontant au sens propre de chacun, révisant les associations, les rapports, rajustant les images.

Le premier, il eut le sentiment de l'importance des mots et de leur valeur dans la phrase poétique. Et en cela il se rencontre avec le maître suprême des délicatesses, J. Joubert, qui dès l'aube du siècle, en 1805, en pleine logomachie et en pleine décadence de la poésie et des lettres, avait le courage de rappeler les poëtes à la précision et à la justesse".

Tels sont les premiers mots de l'introduction à l'édition Pincebourde de "Gaspard de la Nuit". Ils sont signés de Charles Asselineau et précédés d'un frontispice de Félicien Rops :




Notre Dame d'Etang



Notre Dame d’Etang» est évoquée par Louis Bertrand dans la première préface de «Gaspard de la Nuit», dans des vers daté du 3 septembre 1827 ( publiés dans «Le Provincial» le 15 mai 1828, page 24, signés J. L. Bertrand sous le titre «Notre Dame de l’Etang» - Cargill Sprietsma « Œuvres Poétiques - La Volupté, p. 49/50), et dans un récit intitulé «Notre Dame d’Etang», a lui attribué par Jean Richer («La France littéraire» février 1833,V,p 406-410 H. H. POGGENBURG, OC p 453 ). Ce dernier texte est conforme à la légende locale.

Celle-ci veut qu’en 1435 - 1436, un bœuf, paissant un herbage toujours plus verdoyant sur la « montagne», soit à l’origine de la découverte après fouilles d’une statuette miraculeuse, vraisemblablement d’origine aragonaise, peut-être apportée en Bourgogne par l’Abbé de Saint Bénigne, Raymond (1233-1241), originaire d’Aragon.. De nombreux miracles s’ensuivirent ( guérisons multiples, enfant ressuscité (1648), paralysée guérie (1670), etc…) et un pèlerinage très fréquenté ( six mille personnes le 6 mai 1596 - Saint François de Sales et Jeanne de Chantal -1604, Louis XIV - 1650 ). En réalité ce pèlerinage est attesté dès 1372 par la visite de Philippe le Hardi.
De 1817 à 1848, le site devenu propriété privée, est peu fréquenté. Il faudra attendre le rachat de la chapelle de la «Montagne» par la paroisse de Velars en 1873 pour que l’abbé Javelle fasse édifier une nouvelle chapelle ( dans laquelle l’ancienne est intégrée ), surmontée d’une statue monumentale de la Vierge, dominant la vallée de l’Ouche.





Cet édifice, construit en pierres gélives, est fermé depuis l’an 2000 pour raisons de sécurité. Auparavant, la liberté d’accès avait permis bien des déprédations. A proximité, une croix en fer marque (?) l’emplacement de la découverte virginale.



Quant à la vierge miraculeuse, elle trône toujours dans une niche grillée de l’Eglise de Velars sur Ouche, généralement fermée, mais dont on peut demander la clé au secrétariat de la toute proche mairie.

La source Sainte Anne ( ou à la Sotte) sur le chemin processionnel :

"Saint-John Perse et quelques devanciers" - Monique Parent


" Le mot (poème en prose) apparait pour la première fois en 1791 sous la plume du publiciste Garat, qui juge les Ruines de Volney :"une espèce de poème en prose et de roman philosophique où la vérité est mêlée à la fiction" (Journal de Paris, 9-12-1791).Cette date est significative, elle cadre parfaitement avec les faits littéraires que nous venons de rappeler.


Mais le poème en prose ne prend une existence vraiment autonome qu'avec le "Gaspard de la Nuit" d'Aloysius Bertrand, cette suite d'évocations brèves, pittoresques, expressives, où l'auteur veut ressusciter l'atmosphère du Moyen-Age ou de la Renaissance comme les peintres flamands font entrer dans un tableau de petites dimensions toute l'atmosphère d'un pays et d'une époque. Cette oeuvre écrite vers 1830, éditée seulement douze ans plus tard, n'eut d'abord aucun succès malgré sa valeur artistique et l'énorme évènement littéraire qu'elle représentait ; il appartenait à Baudelaire de la tirer de l'oubli, d'en chanter les louanges, de lui donner une magnifique postérité en se déclarant le très humble imitateur du jeune poète mort de phtisie en 1841.


Relisons la préface du "Spleen de Paris" :"C'est en feuilletant pour la vingtième fois le fameux "Gaspard de la Nuit" d'Aloysius Bertrand ( un livre connu de vous, de moi et de quelques-uns de nos amis, n'a-t-il pas tous les droits à être appelé "fameux" ) que l'idée m'est venue de tenter quelque chose d'analogue et d'appliquer à la description de la vie moderne, ou plutôt d'"une" vie moderne et plus abstraite, le procédé qu'il avait appliqué à la peinture de la vie ancienne, si étrangement pittoresque."

Les étuves de la Porte aux Chanoines


Pourquoi y-avait-il presse aux étuves de la porte-aux-chanoines ? Pierre Gras, auteur d'une "Histoire de Dijon", nous en donne une explication :

Au XVème siècle " la prostitution avait peut-être plus d'ampleur qu'à la fin du XIXème ou au début du XXème siècle. A la "maison des fillettes", propriété de la ville en 1417, imposante demeure comportant trois corps de bâtiments, qui recevait le tout-venant, s'ajoutaient à la fin du XVème siècle les sept étuves ( dont l'une était la propriété de l'évêque de Langres et une autre celle de l'abbé de Saint-Etienne ) que fréquentait une clientèle d'un milieu social souvent plus élevé et les filles "secrètes" ou "claustrières" qui travaillaient pour leur compte."
Pour Henri Chabeuf, il n'y avait à Dijon, au XVème siècle, que quatre maisons d'étuves : rue Vertbois, près la rue du Champs-de-Mars ( proximité rue Bouchepot) ; rue Chanoine, propriété de l'Abbaye de Saint-Etienne ; rue de la Liberté ( rue Saint Guillaume ) ; enfin les bains dits " de la Rochelle " ( nom dû à la proximité de la propriété d'un homme venu de La Rochelle ). Toutes ces maisons étaient établies sur le même modèle ; elles se cachaient au fond d'allées discrètes, avec issues sur des rues diverses.

Joseph Garnier, auteur d'une publication sur les "Etuves dijonnaises" en dit ceci : " Les bourgeoises ou femmes d'artisans, n'abordaient les étuves aux jours réservés qu'en grand nombre ou sous la garde de leurs maris. Les autres jours les étuves devenaient des lieux de plaisirs de toute sorte, quand cela ne descendait pas en lieux de prostitution. Quand baigneurs ou baigneuses, après avoir successivement passé de l'étuve au bain chaud, se reposaient sur des lits disposés dans les chambres de l'étage et se réconfortaient en buvant, à petit coup, des hanaps remplis d'un vin épicé, il arrivait souvent que l'établissement se changeait en salles de festins ; alors, selon l'énergique expression d'une contemporaine, " on oyait crier, hutiner, saulter tellement qu'on était étonné que les voisins le souffrissent, la justice le dissimulât et la terre le supportât."

Peut-être avons-nous réponse à la question.

Le manoir du sire de Vantoux



Le château de Vantoux, sur le chemin de la Source de Jouvence, au débouché du Val Suzon, a été bâti en 1704 par Jean de Berbisey, président à mortier. Il l'a légué, à sa mort (1756), au Parlement de Bourgogne pour servir de résidence d'été aux premiers présidents. Sa décoration a été remaniée et complétée sous Louis XVI.





"Les poètes misère" - Alphonse Séché


"Et c'est à l'hôpital encore que devait mourir l'original auteur de ce curieux livre : "Gaspard de la Nuit", Aloysius Bertrand.

Celui-là était de Dijon ; c'est dans cette antique cité des ducs de Bourgogne qu'il avait fait ses premières armes littéraires, ses études achevées. Déjà, il s'essayait à ces petites compositions à la manière de Callot, d'une originalité si forte et qui devaient avoir tant de succès plus tard lorsqu'il sera venu à Paris et qu'il les récitera à l'Arsenal, chez Charles Nodier.

Comme tant d'autres, il déserta sa province par ambition ; ses premiers succès, les encouragements qu'il recevait de Paris, de Hugo, de Nodier, de Louis Boulanger, d'Emile Deschamps, l'avaient enivré. Et il avait pris la diligence, un beau matin, pour courir après la fortune...Ce n'était point pourtant un audacieux, mais c'était un exalté, il portait en lui le feu sacré de l'idéal qui donne des forces aux plus faibles, du courage aux plus timides. Grand et maigre, le teint jaune et brun, les yeux noirs petits et très vifs, la physionomie narquoise et fine, un peu chafouine peut-être, avec ses gestes gauches, sa mise naïve et trop correcte, son défaut d'équilibre et son manque d'aplomb, il sentait son origine d'une lieue."

C'est ainsi qu'Alphonse Séché présente Louis Bertrand en le situant parmi les "autres", ayant laissé une trace. En effet, nombreux sont ceux qui, attirés comme lui par la gloire littéraire, seront étouffés par la maladie ou le poids de leurs protecteurs : Imbert Galloix (1807-1828), Auguste Le Bras (1811-1832) et Victor Escousse (1813-1832) - suicide commun par asphyxie, Emile Roulland (1802-1825), Hégésippe Moreau (1810-1838) : " Les vers à moins d'être signés Lamartine ou Hugo, n'ont aucun débit dans Paris. Un journal qui les insérerait en ferait plutôt payer l'insertion", Louis Berthaud (1810-1844), Jean-Pierre Veyrat (1810-1844), etc...

Mais parmi ces derniers, un seul a ciselé une forme nouvelle, originalité au coût défini par Marcel Proust : "Nous sommes très longs à reconnaître dans la physionomie particulière d'un nouvel écrivain le modèle qui porte le nom de "grand talent" dans notre musée des idées générales. Justement parce que cette physionomie est nouvelle nous ne la trouvons pas tout à fait ressemblante à ce que nous appelons talent. Nous disons plutôt originalité, charme, délicatesse, force ; et puis un jour nous nous rendons compte que c'est justement tout cela le talent". Le temps est parfois le prix de la consécration.

Le Manoir du Seigneur de Fontaine


Cette maison forte a été construite sur la butte de Fontaine, dans le cours du XI° siècle, sur instructions d'Eudes Ier, duc de Bourgogne, afin de surveiller la route de Paris par Chatillon sur Seine. Elle a eu pour seigneur Tescelin le Roux, époux d'Aleth de Montbard, qui lui donnera sept enfants, dont Bernard - le futur Saint-Bernard - né dans une salle basse du donjon. Aujourd'hui, en subsistent les seuls murs porteurs formant le carré natal devenu chapelle de Saint-Bernard, contiguë à la chapelle de la Vierge, toutes deux remarquablement décorées des blason et chiffre de Louis XIII et Anne d'Autriche. Le roi fera d'ailleurs du prieuré attenant un monastère royal dont il ne reste que la porte du cloître. A l'époque de Louis, la maison natale, laissée à l'abandon depuis la Révolution, faisait l'objet de restaurations (1821-1841).







"Bohème romantique" - Jules Marsan


" Parmi les romantiques de second plan, celui-ci du moins a laissé une oeuvre, et une oeuvre achevée. Son nom évoque autre chose que des souvenirs pittoresques, qu'une silhouette falote et bouffonne. Il ne s'est pas amusé à jeter à la tête des bourgeois les extravagances de Trialph ou les malédictions de Champavert ; il n'a pas promené dans les cafés et les cénacles un gilet à la Robespierre ; il s'est gardé du cabotinage, quand le cabotinage était souverain.

Il avait la pudeur de ses sentiments et le respect de son art. En ces temps de production fébrile, un seul livre, et posthume, mais qui mérite de vivre : oeuvre sans grande profondeur, mais patiemment ciselée, d'une perfection minutieuse, d'une sûreté d'exécution impeccable. Une galerie de petits tableaux, étonnants de relief et de couleur ; point de surcharge ; rien qui n'aille droit au but ; pas un mot dont la valeur pittoresque et musicale n'ait été pesée ; un sens nouveau de l'harmonie, une phrase dépouillée, sèche d'apparence et pourtant d'une sonorité si pleine..."

Le Val Suzon


Il y avait trois routes entre Paris et Dijon : 1° par Troyes, la plus directe et que prenaient ordinairement les voyageurs, de 75 lieues 1/2, faite en 22 relais. Deux compagnies fournissaient des voitures, les "Messageries Générales de France", dont les voitures partaient au n° 24, rue du Bouloi, tous les jours à 5 heures du soir et à 10 heures du matin ; l'autre, les "Messageries Royales de France" qui donnaient un départ par jour, à 6 heures 1/2 du matin de la rue Notre-Dame-des-Victoires, n°22. Le prix du trajet était, pour les deux compagnies, pour l'impériale, 25 fr., pour le coupé, 38 fr. l'intérieur, 34 fr., et pour la galerie 30 fr. Il y avait en plus 5 fr 50 pour le conducteur, si l'on voyageait par les Messageries Générales, et 3 fr. 50 par les Messageries Royales. 2° Une deuxième route passait par Tonnerre, et une troisième par Auxerre." note Cargill Sprietsma dans "Louis Bertrand dit Aloysius Bertrand" (1926 - page 108).



C'est cette même première route qu'emprunta Victor Hugo le 21 octobre 1839 lors de son voyage en Bourgogne : " On traverse le Val Suzon, charmant et sauvage, et qui rappelle le Jura. A Saint-Seine, joli bourg entre deux collines vertes, il y a une église du quinzième siècle avec abside carrée à rosace, chose rare. Deux lieues plus loin, on traverse un autre village au bas d'une autre vallée. Ce village s'appelle Coursault. Une assez grande maison délabrée, posée en travers au fond du ravin, borde la route. Sous cette maison est percée une chétive arche de pierre qui livre passage à un petit ruisseau. Ce ruisseau, c'est la Seine...." (Choses Vues - Midi de la France et Bourgogne")


Voici le val et le vieux pont de Val-Suzon :





"Ondine"






- " Ecoute ! Ecoute ! - C'est moi, c'est ondine
qui frôle de ces gouttes d'eau les lozanges sonores de
ta fenêtre illuminée par les mornes rayons de la lune ;
et voici, en robe de moire, la dame chatelaine qui
contemple à son balcon la belle nuit étoilée et le beau
lac endormi.

" Chaque flot est un ondin qui nage dans le courant,
chaque courant est un sentier qui serpente vers mon
palais, et mon palais est bâti fluide, au fond du lac,
dans le triangle du feu, de la terre et de l'air.

"Ecoute ! - Ecoute ! - Mon père bat l'eau coassante
d'une branche d'aulne verte, et mes soeurs caressent
de leurs bras d'écume les fraiches iles d'herbes,
de nénuphars et de glaïeuls, ou se moquent du saule
caduc et barbu qui pêche à la ligne !" -

*

Sa chanson murmurée, elle me supplia de recevoir
son anneau à mon doigt pour être l'époux d'une
ondine, et de visiter avec elle son palais pour
être le roi des lacs.

Et comme je lui répondais que j'aimais une mor-
telle, boudeuse et dépitée, elle pleura quelques
larmes, poussa un éclat de rire, et s'évanouit en
giboulées qui ruisselèrent blanches le long de mes
vitraux bleus.





La Fontaine de Jouvence


"Que de fois j'ai ravi leurs quenouilles de fruits rouges et acides aux halliers mal hantés de la fontaine de Jouvence...". Philippe le Hardi venait s'y promener comme Louis le fera plus tard, imité depuis par des générations de dijonnais en quête de nature ou de fête champêtre. Le site du Val Suzon est maintenant et heureusement classé.

Voici la fontaine de Jouvence qui, on le verra, a assez peu changé depuis près d'un siècle :





La crypte de Saint Bénigne


L'histoire de l'Eglise Saint-Bénigne est longue, ponctuée d'écroulements, destructions, reconstructions ; de cérémonies officielles : réception du Duché de Bourgogne par Philippe le Hardi le 26 novembre 1364 , ou plus intimes : baptême de Frédéric Bertrand le 20 mars 1816, obsèques de Georges le 28 mars 1826.


Elle débute comme suit, selon Eugène Fyot :

" Au commencement du VI ème siècle, un vaste cimetière, dépendant de la basilique Saint-Jean, occupait l'emplacement et les alentours de l'église Saint-Bénigne actuelle. Au centre de ce cimetière apparaissait à peine, sous les ronces qui la recouvraient, la toiture d'une de ces cryptes (.../...), sortes de chapelles souterraines, destinées à soustraire aux profanations des païens les corps des martyrs ou des chrétiens de marque.

Chose singulière, le peuple venait en foule devant ce tombeau mystérieux, pour y vénérer, disait-on, les restes de Saint-Bénigne, premier apôtre de la Bourgogne. Or, en 511, l'évêque de Langres, saint Grégoire, en résidences fréquentes à Dijon, ne voyait pas d'un oeil favorable cette vénération qu'il estimait superstitieuse ; mais comme il avait interdit les abords de la crypte, saint Bénigne, dit le chroniqueur Grégoire de Tours, lui apparut la nuit suivante et lui reprocha d'éloigner les fidèles de son tombeau. Saint Grégoire, reconnaissant alors son erreur, fit ouvrir la crypte où l'on trouva un grand sarcophage restangulaire, long de 2m 10 et large de 0m 80. Ce sarcophage taillé en pierre contenait en effet le corps de Saint-Bénigne.

L'évêque ordonna qu'une grande basilique serait bâtie sur la crypte."



En 1793, la rotonde de l'église, dernière mouture, fut détruite, la crypte comblée par les gravats. Elle ne sera redécouverte qu'en 1843 au hasard de la construction d'une sacristie. Ce qui restait du tombeau de Saint Bénigne ne sera exhumé que le 27 novembre 1858 (reliques dispersées avant ou perdues à la Révolution).

C'est dire que Louis n'a jamais pu connaître cette "crypte ténébreuse"où Scarbo menaçait de le coucher "debout contre la muraille ", pas plus qu'il n'a pu buter contre sa dalle sombre comme l'a pensé Henri Corbat.