Un Epinalien



Comme nul ne peut plaire à tout le monde, voici une critique sévère de Georges Saint-Clair (Jean Bégarie) parue en novembre 1957 dans la revue "Le Pont de l' Épée" ( n°1 - spécial Aloysius Bertrand ). Guy Chambelland, directeur de la publication, n'y est pas beaucoup plus tendre avec Louis ; on se demande même pourquoi il lui a consacré le numéro spécial inaugural.




"J’ouvre Aloysius Bertrand et sa poésie m’apparaît tout d’abord comme ces planches de couleur que l’on donne aux enfants pour le découpage. Rien n’y bouge de cette vie dont, vers la même époque, Maurice de Guérin gratifie son Centaure. Pas de larges cadences qui soulèvent, mais des rythmes étroits qui ne manquent pas tout de suite de créer un malaise. Rien que des tableautins secs et durs où nul souffle intérieur, nul paraphe de l’âme ne viennent, tout à coup, défaire ou animer un équilibre de carton-pâte : oui, si je songe aux fantoches qui les peuplent, je ne vois qu’un mouvement arrêté…analogue à ces reconstitutions pour enfants ( villages, ports ou gares) que nos magasiniers imaginent, dans les jours de Noël.

Un second grief, c’est que l’on chercherait presque en vain dans Aloysius Bertrand une page dont les couleurs par leurs oppositions marquées, ne s’assimilent à celles de quelque image d’Epinal. Dans un poème comme Harlem, par exemple, l’eau est bleue, les toits sont verts, le linge blanc éclate au soleil, et comme de l’or y flamboient les vitrages. Et que la lune s’élève au ciel de « Gaspard de la Nuit » , ce n’est plus la magicienne qui, dans Châteaubriand, prépare au sein des mélopées les plus savantes nos mélancolies et nos fièvres, ni comme dans Hugo, l’enchantement d’une fête bleue où la raison se fait si tendre qu’elle se marie au souvenir, mais le vulgaire Louis d’or d’une vignette du Jeu de l’Oie. Quel mauvais goût dans la plénitude, quelle charge dans la couleur rutilante, et comme on préférerait quelques-uns de ces traits d’or et de sanguine à quoi son contemporain Gérard de Nerval su réduire un peu plus tard les clartés lourdes de l’Orient !





Un troisième et dernier grief, qui contribue plus encore à faire de ces poèmes une image d’Epinal, ce sont, qui les remplissent, les noms particuliers des choses, archaïques, exotiques, techniques. Il y a là par endroits, un tintamarre de bric-à-brac incompatible avec ces mots amis du rêve dont on a dit qu’ils « ouvrent des chants divins sous les ténèbres » - et quand on les prononce, c’est aussi comme un digne frisson et comme une sorte d’élargissement inconnu qui nous pénètre. On n’est jamais chez Aloysius Bertrand que dans le grand bazar romantique, au lendemain du Pas d’arme du Roi Jean. Désormais le connaisseur évaluera la richesse d’un écrivain à ses étalages de mots concrets, pittoresques, précis, à ses éventaires multiples. Le souci majeur de tout artiste sera de faire rutiler sans cesse l’exotisme de sa queue de paon, et le temps n’est plus loin où nous lirons dans « Salammbô » (le plus long poème en prose du siècle, non, j’oublie « Les Martyrs ») des phrases de ce genre : «  Le Chef des Odeurs offrit au Suffète, sur une cuiller d’électrum un peu de maolâtre à goûter ; puis avec une alène, il perça trois besoars indiens ». Où est ici le « ton augural », le mot qui nous émeut si profondément dans sa simplicité puissante que, tout à coup, nous nous arrêtons dans notre lecture, attentifs à le voir ( ou à l’entendre) rendu par « le miroir de l’âme » ? Un poème est manqué lorsque son étroitesse de sens est telle qu’elle interdit à notre esprit les longues résonances et l’enveloppement perdu des labyrinthes.





Le pittoresque et la couleur dont regorgent maints passages de Rousseau, de Bernardin de Saint-Pierre, de Châteaubriand, avaient tellement ravis leurs contemporains et leur étaient apparus comme provoquant si merveilleusement un envol spontané des rythmes qu’ils stimulèrent sans aucun doute un Aloysius Bertrand à concevoir, analogues à ces pages, des pièces qui, détachées de tout ensemble, se suffiraient à elles-mêmes. Le danger était là, dans la recherche excessive et bornée de l’expression exotique et concrète - dans l’abus de n’être qu’un œil. Regrettons qu’Aloysius Bertrand n’ait jamais compris, si nécessaire au poète, l’utilité de l’union mystique du sujet et de l’objet. Et, selon le mot de Novalis sur Lessing qu’il ait eu : «  la vue trop nette, perdant ainsi le sentiment de tout indistinct, l’intuition magique des choses. »

Ici, un héraut sonnait de la buccine



"Cependant un héraut sonne de la buccine sur la tour du logis-du-duc. Il signale dans la plaine les chasseurs lançant leurs faucons....".

Aujourd'hui, l'observateur voit tout aussi loin mais la ville a gravi quelques coteaux vineux et s'est étalée paresseusement dans la plaine. Le "Maçon" n'y verrait toujours pas la beauté universelle.


Saint-Bénigne et Saint-Philibert

Saint-Jean


Sainte-Anne


le Palais de Justice


Notre-Dame


Jacquemart depuis la Tour Philippe le Bon


Découvertes



Quel plaisir pour l'amateur de découvrir aux Archives de la Ville de Dijon des documents originaux signés des mains de Louis et de sa mère. Bien sûr, rien de très nouveau puisqu'il s'agit des talons des passeports  intérieurs à lui délivrés par la Commune de Dijon à l'occasion de ses voyages à Paris. Ils permettent néanmoins de relever certaines informations :

Sur le premier, délivré le 3 novembre 1828 sous le numéro 1068 (Archives de la Ville de Dijon - cote 2 I 122), Louis est enregistré sous les prénoms de Jacques, Ludovic ; il mesure un mètre soixante quinze ( cinq pieds quatre pouces), a les cheveux châtains, le front étroit, les yeux gris, la bouche moyenne, le visage ovale et le teint blanc.








Sur le second, délivré le 31 décembre 1832 sous le numéro 70 ( Archives de la Ville de Dijon - cote 2 I 124 ), il mesure une mètre soixante dix ( cinq pieds trois pouces), a les cheveux châtains, le front ordinaire, les yeux bruns, le nez grand, la bouche moyenne, le visage ovale, le teint ordinaire. On note spécialement qu'il est enregistré sous les prénoms de Ludovic ( rayé ), Jacques, Alophius, Napoléon et qu'il est exempté de la classe 1828.




 La comparaison des deux permet d'observer que non seulement Louis, toujours étudiant, a perdu quasi autant de centimètres qu'il a pris d'années mais aussi qu'il utilisait officiellement dès 1832 le prénom d'Aloysius ( Alophius - orthographe du commis aux écritures), démentant ainsi l'affirmation de Cargill Sprietsma selon laquelle : " Nous sommes forcé de constater que Bertrand se servit rarement de ce nom. Nous ne le trouvons en effet que sur les registres de l'hôpital de la Pitié et au bas de quelques vers datés de 1840", les "Oeuvres Complètes" d'H. H. Poggenburg ( 18 septembre 1838 : " Il est porté sur les registres sous le nom de Bertrand, Jacques Aloysius ; c'est la première fois qu'on trouve ce nom sous lequel il sera désormais connu" ), et théories subséquentes. Quant à savoir si les initiales de signature des articles de presse ("JL") correspondent à " Jacques Louis" ou "Jacques Ludovic", la question est plus délicate. Inclinons  pour "Jacques Ludovic".



Le peuplier géant



Louis, au temps de son adolescence, aimait à méditer sous les frondaisons majestueuses d'un peuplier géant sis au Jardin de l'Arquebuse. Abattu par une tempête le 15 juillet 1917, cet arbre - le peuplier - consacré par les grecs à Héraclès, symbolise la dualité de tout être par la double couleur de ses feuilles ( "deux faces antithétiques" ).





Publié avec l'aimable autorisation de Flavien Raclot du site dijonavant.com.


Charles le Téméraire, tombé sous Nancy.

La Salle des Tombeaux des Ducs de Bourgogne



Une notule du texte préliminaire de "Gaspard de la Nuit", précise : " Je ne compare la Chartreuse de Dijon à l'abbaye de Saint-Denis que sous le rapport de la magnificence et de la richesse de ses sépultures. Trois ducs seulement ont été inhumés à la Chartreuse : Philippe-le-Hardi, Jean-sans-Peur et Philippe-le-Bon (.../...) Le marteau de la Révolution, en jetant bas la Chartreuse, avait dispersé dans les cabinets de quelques curieux les débris des tombeaux de Philippe-le-Hardi, de Jean-sans-Peur et de Marguerite de Bavière, femme de ce dernier. Charles le Téméraire n'avait point fait élever de monument à son père Philippe-le-Bon ). Ces chefs-d’œuvre de l'art du XVe siècle ont été restaurés et placés dans une des salles du musée de Dijon."

Voici la salle des tombeaux ( actuellement en cours de réfection ) et celui de Philippe le Hardi :









"Petit historique - Tombeau de Jean sans Peur et Marguerite de Bavière"


Dans "Louis Bertrand et le Romantisme à Dijon", Henri Chabeuf, membre de l'Académie de Dijon et de la Commission des Antiquités de la Côte d'Or, a complété son texte par de nombreuses notes, dont celle-ci relative aux tombeaux des Ducs de Bourgogne :


"Le tombeau de Philippe le Hardi commencé par Jean de Marville, en 1386, a été continué après sa mort par Claus Sluter, nommé imagier du duc par lettres-patentes données à Melun, le 23 juillet 1399, et terminé seulement après la mort du duc survenue le 27 avril 1404. Le tombeau de Jean sans Peur, assassiné le 10 septembre 1419, inhumé à la Chartreuse le 12 juillet 1420, et de Marguerite de Bavière, morte le 23 janvier 1423, imitation inférieure du premier, a été commencé par l'Aragonais Jean de la Huerta, et achevé par Pierre Le Moiturier ; la réception eut lieu seulement sous Charles le Téméraire, le 6 juin 1470 ; dans les deux monuments les petits anges du soubassement avaient des ailes de cuivre doré, mais aucun document contemporain n'établit que les statues fussent peintes. - En 1794, les tombeaux furent transportés à Saint Bénigne et détruits en exécution d'une délibération du conseil général de la commune en date du 8 août 1793 ; sollicitée par les administrateurs provisoires de la fabrique qui voulaient transformer les figures en emblèmes de la Liberté et de l'Egalité. Commencée en 1818 la restauration dirigée par M. de Saint-Mesmin, conservateur du musée, fut achevée en 1827, et la Salle des gardes ouverte le 14 janvier 1828, date donnée par les journaux de Dijon. - Les restes des ducs ont été reconnus en 1841 par la Commission des Antiquités et déposés solennellement dans les caveaux des tours de la cathédrale le 22 juillet. Philippe le Bon fut aussi enseveli à la Chartreuse, mais son fils ne trouva pas le temps en dix ans de règne de faire commencer le tombeau pour lequel le défunt duc avait laissé des fonds dont le Téméraire s'empara. Au surplus ces monuments funèbres étaient élevés avec une extrême lenteur, et Philippe le Bon avait pris lui-même le temps de la réflexion, puisque celui de Jean sans Peur ne fut pas même achevé au cours d'un règne de quarante huit ans."

Ci-dessous le tombeau de Jean sans Peur et Marguerite de Bavière :








La Chartreuse de Champmol



La Chartreuse de Champmol était un des lieux de promenade préféré de Louis Bertrand. Il aimait à y rêver parmi les rares vestiges de la haute époque, sous de nouvelles frondaisons. Comment résumer au mieux l’histoire de cette chartreuse qu’un seul imposant volume n’épuiserait pas ? Peut-être en reprenant tout simplement les termes d’Henri Chabeuf :

« Les princes de la première race ducale étaient inhumés à Cîteaux ; Philippe le Hardi voulut avoir dans sa capitale même une sépulture pour lui et sa descendance. Dès 1377 il songeait à la fondation d’une chartreuse, toutefois les ordres ne furent donnés que le 6 juin 1383, et le 20 août suivant, dans le vaste terrain dit Champmol, entre la route de l’ouest et la rivière d’Ouche, les deux premières pierres de l’église étaient posées par la duchesse Marguerite et le jeune comte de Nevers. L’architecte fut Drouhet de Dammartin, maître général des œuvres de maçonneries pour tous les pays du duc, retenu par lettres données à Paris le 10 février 1383, aux gages de huit sols parisis par jour. Les travaux marchèrent avec rapidité, et dès 1384 on trouve mentionné aux comptes le payement de deux consoles ou corbeaux, destinés à supporter un auvent au-dessus du portail (…/…), et on fit si bien, que l’église put être dédiée le 24 mai 1388, sous le vocable de la Sainte Trinité, par Pierre II, évêque de Troyes. C’était un vaisseau de 62 mètres de long sur 13m50 de large, sans transept, avec une abside à trois pans et plusieurs chapelles : Notre-Dame, Saint-Pierre, Sainte-Anne, etc. ; du faîtage orné de plombs historiés, s’élançait une haute flèche à réchaud orné. »



Voici le plan de l’ancienne chartreuse :








"Ah ! pourquoi faut-il que les enfants soient jaloux des oeuvres de leurs pères ! - Allez maintenant où fut la Chartreuse, vos pas y heurteront sous l'herbe des pierres qui ont été des clefs de voutes, des tabernacles d'autels, des chevets de tombeaux, des dalles d'oratoires ; - des pierres où l'encens a fumé, où l'orgue a murmuré où les ducs vivans ont fléchi le genou, où les ducs morts ont posé le front. - Ô néant de la grandeur et de la gloire ! on plante des calebasses dans la cendre de Philippe le Bon".

«Le 4 mai 1791, la Chartreuse était achetée par Emmanuel Cretet, député aux Etats-Généraux, puis aux Anciens, plus tard comte de l’Empire, directeur général des ponts et chaussées, ministre de l’intérieur, qui démolit l’église, prit le titre de comte de Champmol, mourut à soixante trois ans le 10 février 1810, et fut mis au Panthéon. Les tombeaux avaient été exceptés de la vente, ainsi que les tableaux, boiseries, cloches, objets d’art, etc.; et les cercueils des deux premiers ducs trouvèrent un abri à Saint-Bénigne ; tous les autres, y compris celui de Philippe le Bon, que ne signalait aucun monument apparent, disparurent. "On plante des calebasses dans la cendre de Philippe le Bon ! " s’écriait Louis Bertrand : c’est le mot d’Hamlet avec les calebasses en plus ou en trop. (…/…) Le 11 mai 1832, le conseil général délibéra d’acheter la Chartreuse des héritiers Cretet pour en faire un asile d’aliénés.»



Philippe le Bon

Le Puits de Moïse



"Il y a outre cela, dans le préau du cloître - un piédestal gigantesque dont la croix est absente, et autour duquel sont nichés six statues de prophètes - admirables de désolation...- Et que pleurent-ils ? Ils pleurent la croix que les anges ont reportée dans le ciel

















(Photos réalisées avec l'aimable autorisation de Mr D.Charpentier, Directeur par intérim du C. H. S. La Chartreuse, 1, Boulevard Chanoine Kir à Dijon )


Voici ce qu'en dit Eugène Fyot :

" Avec la section de son église, le monastère en comprenait deux autres, le "Petit Cloître" et le "Grand Cloître" (.../...). Le Grand Cloître, plus au midi, entourait un préau de 102 mètres de côté. Tout à l'entour régnaient 24 cellules avec 24 jardins, chacune étant isolée de sa voisine par un grand mur. Là vivaient les Chartreux, isolés dans leurs travaux et leurs prières, en dehors des offices en commun.

Au centre du préau avaient été captées plusieurs sources en un profond réservoir, pour l'usage des moines ; et c'est au milieu de ce réservoir que Claus Sluter fut appelé à élever un monument commémoratif de la passion du Christ. Il le divisa en deux parties ; le socle hexagone, sur les côtés duquel devaient saillir les six prophètes qui avaient prédit le Messie " ( Zacharie, Jérémie, Isaïe, Daniel, Moïse, le Roi David )" ; et, sur une plate forme soutenue par des anges pleurants, le calvaire. Il se composait d'une grande croix haute de sept mètres, sur laquelle agonisait un Christ (.../...) A ses pieds la Vierge Marie, saint Jean et Sainte Madeleine. Tout ce calvaire était ruiné depuis longtemps par les intempéries ou par la chute d'un abri lorsque vint la Révolution..(.../...) Seul donc reste le socle avec ses six prophètes." et :


la tête du Christ
(Musée archéologique de Dijon)


et ses jambes.


Note : le "Puits de Moïse" est un véritable "puits de science" alchimique puisqu'on y retrouve, outre le personnage de Moïse (parfois considéré comme auteur d'écrits alchimiques), "le motif des feuilles de chêne - allusion à la matière première de l'Oeuvre, des anges - allusion au "don de Dieu" qu'est l'Alchimie, celui du livre ouvert - exotérisme -, et du livre fermé - ésotérisme" ( Michèle Debusne " La Bourgogne alchimique " ). Le personnage du Roi David est particulièrement remarquable. Son revers de manteau est brodé de harpes,le pied d'un de ces instruments est visible dans un des replis. Ces signes symbolisent à la fois la musique ( le Roi David était patron des musiciens au Moyen-Âge) et la science alchimique (également appelée "la musique). Sa couronne royale est, selon le "Dictionnaire Mytho-hermétique" de A-J Pernety : " la pierre parfaite au rouge et propre à faire la pierre de projection".


La Chapelle de la Chartreuse



Louis, ayant quitté définitivement Dijon le 6/8 janvier 1833 ( H. H. Poggenburg), n'a pu connaître les travaux d'aménagement de l'asile ( acquisition du domaine réalisée le 6 février 1833 - travaux commencés en 1836), a fortiori ceux de la chapelle consacrée le 17 novembre 1844. Cependant, il a pu voir le portail de l'ancienne église (repris dans la structure de la chapelle ) et une tourelle d'angle du vieux clocher :

"Plus rien de la Chartreuse ! - Je me trompe - Le portail de l'église et la tourelle du clocher sont debout. La tourelle, élancée et légère, une touffe de giroflée sur l'oreille, ressemble à un jouvenceau qui mène en laisse un lévrier ; le portail martelé serait encore un joyau à pendre au cou d'une cathédrale."

Cinq "imaiges" décorent le portail :














Ces statues sont oeuvres de Claus Slüter, Claus de Werve et - peut-être- Jehan de Marville. Elles représentent, outre la Vierge au trumeau, à gauche : Philippe le Hardi suivi de Saint-Jean ; à droite, Marguerite de Flandre présentée par Sainte-Catherine.


Et voilà la tourelle :






"La nuit et ses prestiges et les chroniques. Frontispice de Ossip Sadkine. Illustrations de Michel Giraud." - "Les Impénitents"











"Le Collège Royal"



Le Collège Royal, installé dans des dépendances de l' Hôtel Sainte-Anne, construit, à compter de 1633, au faubourg d'Ouche, près de l'hôpital, à l'initiative de Pierre Odebert, conseiller au Parlement de Bourgogne, et de sa femme Odette Maillard, pour y recevoir des orphelins,aura une existence relativement éphémère. Précédé du Lycée Impérial de garçons de 1804 à 1815, il redeviendra, en 1848, Lycée Impérial, sous Napoléon III, puis Lycée Républicain, avant de devenir en 1897, le Lycée de Jeunes Filles de Dijon qu'il restera jusqu'en 1967. Actuellement il est le Collège Marcelle Pardé,sis 18, rue Condorcet à Dijon. C'est là que Louis fera ses études de 1818 à 1826.





Sa réputation pédagogique était pour le moins contrastée, selon les époques et les classes  ( de la sixième à la rhétorique puis la philosophie) puisqu'au vu des rapports des inspecteurs académiques, on note : que : " le professeur de rhétorique, Couturier", qui enseigne de 1816 à 1821, "a un savoir médiocre et l'esprit éminemment faux". En 1821, "sa classe est la plus mauvaise" que l'on ait "jamais vue dans un collège royal depuis que l'Université existe". Celle de philosophie est dans un état identique, l'abbé Renaud  n'inspirant "aux élèves qu'un "grand dégoût pour la philosophie et pour sa personne". En 1824,  le proviseur, Gabriel Peignot, bibliophile renommé - plus impliqué dans sa passion que par l'administration de l' établissement - mentionnera toutefois que " depuis trois ans, il n'a vu sortir que des élèves nuls de sa classe ( philosophie ), et que le professeur de quatrième, Bizouard, est tout juste au niveau" de son auditoire. L'arrivée d'Amédée Daveluy, en 1821, relèvera très sensiblement le niveau de la classe de rhétorique.

L'enseignement, dans la fidélité monarchique et la foi religieuse, consistait essentiellement à l'apprentissage des langues française, latine et grecque avec, en complément, des cours de physique-chimie, histoire naturelle et mathématiques. En classe de philosophie, l'enseignement se faisait obligatoirement en latin. Les auteurs "modernes" n'étaient pas abordés. C'est ainsi qu'en juin 1821 le programme de la classe de quatrième - celle de Louis - était : " Les Métamorphoses" d'Ovide ; des "Eglogues" choisies de Virgile ; " Selectae e profanis" de Cicéron ; les fables "d'Esope".


 La discipline était rigoureuse, notamment pour les internes. On peut lire dans un "prospectus" basé sur le règlement : " Les élèves sont surveillés jour et nuit. Le jour, ils sont confiés à leurs maîtres d'études ou à leurs professeurs. Les maîtres d'études prennent avec les élèves leurs repas au réfectoire" - dans le plus grand silence tandis que l'un d'eux fait une lecture. " Les maîtres d'études couchent au dortoir commun. La nuit, un des domestiques est toujours de veille, et parcourt les dortoirs qui restent éclairés. Les dortoirs sont divisés en cellules où chaque élève à son lit ; chaque cellule grillée reste fermée depuis le coucher jusqu'au lever." Louis, heureusement externe, ne sera pas soumis à ce régime carcéral. Le port de l'uniforme - comme aux autres externes - lui sera même strictement interdit. Il se souviendra néanmoins de cet enfermement - notamment celui de son camarade Antoine Tenant de Latour pour lequel il bravera parfois les interdits en introduisant frauduleusement des publications - qu'il évoquera, entre autres, dans le conte intitulé "Voici le printemps " : "Malheureux le prisonnier qui ne respire l'air que dans l'étroit préau".







Parmi ses condisciples, on relève Henri Lacordaire ( cinq ans plus âgé) qu'il apercevra peut-être dans sa première année ; Antoine Tenant de Latour, poète et futur précepteur du Duc de Montpensier ; Auguste Petit, magistrat et son premier biographe ; Henri Darcy, ingénieur concepteur de la première adduction d'eau de la Ville de Dijon. Ces murs verront ensuite passer Gustave Bonickhausen (Eiffel) et le professeur Louis Pasteur. Enfin, pour la petite histoire, le Lycée de jeunes filles aura pour élèves : Edwige Cunati (Edwige Feuillère), Claude Jorré (Claude Jade) et Marlène Jobert.


P. S. : Pour d'autres renseignements voir : Colette Sadowsky, "Annales de Bourgogne" - Tome 32 - 1960