Alchimie


Née près des pentes mosaïques du  Sinaï où " l’aiglon brise la coquille de son œuf ", l’alchimie (el-kimyâ - de « Khem », le « pays noir » désignant l’Egypte dans l’ Antiquité) marque assurément « Gaspard de la Nuit » de la profonde empreinte de l'hexagramme étoilé de Salomon ( "véritable somme de la pensée hermétique" selon Chevalier et Gheerbrant - Dictionnaire des Symboles ). 








Macrocosme ( la Nature - " j’étudiai donc la nature " ) et microcosme ( l’Homme -  " j‘étudiai les monumens des hommes " ) - l'Art, propre de l'homme n'est que "le singe de la nature" dixit Robert Fludd - s’y  mêlent aux références personnelles explicites ( Paracelse, Vicot, Lulle, Flamel ), à la terminologie hermétique ( salamandre, cornue, cerf, chat, Roi ( soufre) = soleil = or , et Reine ( mercure) = lune = argent, etc… ), aux quatre éléments primordiaux  traditionnels ( Eau, Terre, Air, Feu), et aux phases de la technique opérative du « Philosophe » dans les affres de la création ( « L’alchimiste »).


La Table d'Emeraude


 Les six livres, agrémentés d'étoiles ( "Je le prie - le metteur en pages - de ne pas oublier dans la mise en page les étoiles que j'ai figurées dans le manuscrit..."), encerclés par l’Ouroboros -  « image du cycle hermétique et de l’Œuvre accomplie » - Fulcanelli - (  " A M. Victor Hugo " ouvrant le recueil et " A M. Charles Nodier " le clôturant, sont tous deux datés du 20 septembre 1836 ) composent ainsi le symbole de la réussite du "Grand Magistère" bertrandien.


L'Ouroboros


François Coppée



François Coppée (1842 - 1908), parnassien sentimental et railleur, auteur à succès de "tableaux souriants formant une épopée des faubourgs et de la banlieue " (Robert Sabatier), a fait clin d’œil à Louis en mettant en scène son bouquineur dans "Le coucher du soleil" ("Contes en prose") :

"Vers la moitié de sa course, devant l'hôtel des Monnaies, le bouquineur avait trouvé et acquis, pour la modique somme de deux francs, un exemplaire un peu piqué, mais très présentable encore, du "Gaspard de la Nuit" d' Aloysius Bertrand, qui comblait la plus importante lacune de sa collection de romantiques ; puis, serrant tendrement sa trouvaille sous son bras, il avait continué son inspection jusqu'au Pont Royal, où il arriva vers cinq heures"

Ainsi l’œuvre "moisie et vermoulue" ( "un exemplaire un peu piqué") devint elle "trouvaille" ( "Et ce sera pour lui une trouvaille non moins précieuse....") tendrement serrée sous un bras.....et en définitive conversation intime à la levée des "fermaux de vermeil".







P. S. : Le conte peut être lu sur "Gallica" - François Coppée - Oeuvres complètes - Tome 1 - page 149, ICI


Aliénor



L'empreinte historique laissée par d'aucuns personnages illustres les fait parfois s'imposer à l'esprit avec l’automatisme d'un slogan mercantile. Alexandre est " le Grand" et la moutarde " de Dijon". C'est ainsi que dans la clausule du poème "les Reîtres" : "Frère ! lui murmura l'abbé dans le cornet de l'oreille, vous oubliez que Madame Aliénor et sa nièce nous attendent là-haut pour les confesser", Aliénor parait,  en  première évidence, d "Aquitaine" (+-1122-1204). Cependant, le contexte lui est peu favorable même si le fondement de cette défaveur reste formellement indémontrable. Je lui préfère néanmoins Aliénor de Poitiers (+-1444 - 1509), vicomtesse de Furnes [( fille de Jean de Poitiers, seigneur d' Arcis sur Aube, et d'Isabelle de Souza, fille d'honneur d'Isabelle de Portugal lors de ses épousailles avec Philippe le Bon (1429)], auteure du mémoire des "Honneurs de la Cour", à l'origine de "l' Etiquette" (ensemble des lois protocolaires) transmise de la Maison de Bourgogne à celle d'Autriche. De là vient, me semble-t-il, le rappel au respect des règles de préséance adressé par l'abbé au jeune moine.



Tombeau d' Aliénor d'Aquitaine à Fontevrault





P. S. : Les "Honneurs de la Cour" d' Aliénor de Poitiers ont été réédités par Charles Nodier en 1829 dans le cadre du livre de La Curne de Sainte-Palaye  : " Mémoires sur l'ancienne chevalerie" - 2 tomes disponibles en version intégrale ICI et ICI

La salamandre de François 1er

Hypothèse vérifiée



Dans une communication maintenant relativement ancienne, j'ai indiqué que la transcription "Bouchepot", tirée de la phrase : " La foule se presse aux hotelleries de la rue Bouchepot", reprise dans la plupart des éditions de "Gaspard de la Nuit", devait vraisemblablement  être due à une erreur de lecture car ne correspondant pas à une réalité topographique. Le manuscrit original détenu à la BNF montre en effet que Louis a bien écrit " Bouchefol" et non pas "Bouchepot" (ses "F" et "P" sont caractéristiques et relativement nombreux dans l'immédiat environnement pour comparaison ). Courtépée confirme cette référence graphique : " La porte au Fermerot, anciennement Fourmorot, n'eut ce nom qu'au commencement du XV ème siècle ; elle avait précédemment porté celui de Boichefol ou Bouchefol ; on l'appelait en 1211, porte neuve de Boichefol, et la rue qui y conduisait, rue Boichefol, porta nova de Bochefol, vicus Boichefol".



Marcel Paupion



Marcel Paupion né le 19 décembre 1886 à Dijon (21) [d’Antoine et de Marie Eugénie Piot, demeurant 22, rue Monge], élève d’Ernest Bouteiller à l’ Ecole des Beaux Arts de Dijon puis admis en 1906 à l’ Ecole des Beaux Arts de Paris et à l’atelier d’Antonin Mercié (1845-1916 ; Prix de Rome 1868) se liera d’amitié studieuse avec  Paul Gasq (1860-1944 à Dijon ; Premier Prix de Rome 1886, pensionnaire de la Villa Médicis à Rome de 1891 à 1894, membre de l’Académie des Beaux Arts à partir de 1935, conservateur du Musée de Dijon de 1932 à 1944). Distingué par le Prix Roux ( prix de l’Institut) et une mention au Salon des Artistes dès 1912 pour une œuvre intitulée « Froid », il sera de nouveau couronné en 1913 et 1914 pour le « Chasseur Primitif ».

A l’issue de la Grande Guerre ( Croix de Guerre, Médaille militaire), il obtiendra le Prix Chevannard en 1920, et réalisera, sur commande de l’Etat ou de communes, des œuvres commémoratives ou bustes  officiels dont celui de François Thurot (1727-1760), célèbre corsaire natif de Nuits Saint-Georges (21). La « Royale » lui commandera en suite plaques et bronzes décoratifs, ainsi que des insignes très prisés par officiers et matelots.  En zone libre après juin 40, il ne regagnera Paris qu’en 1941. L’ Etat lui commandera alors, pour la Ville de Dijon, le buste d’ Aloysius Bertrand, lequel sera érigé au jardin de l’Arquebuse en présence du Chanoine Kir en octobre 1961.

Marcel Paupion, resté très attaché à sa Bourgogne natale, venait régulièrement prendre ses vacances à Val Suzon-Bas ou sur les bords de la Saône près de Pontailler (21). Il est décédé le 26 octobre 1966 à Paris (XV ème).





La Sainte Chapelle



Édifiée à dater de 1173 pour faire suite à un vœu d’Eudes III, Duc de Bourgogne de la première race (Capétiens), la Sainte Chapelle, après bien des vicissitudes, sera consacrée en l’an 1500. « Lieu, chapitre, collège » de l’Ordre de la Toison d’Or fondé à Bruges le 10 janvier 1430 par Philippe le Bon, elle abritera une  « Sainte Hostie » don du pape Eugène IV, la couronne d’or du sacre de Louis XII, nombre d’ostensoirs précieux, cassettes incrustées de pierreries, etc…. Tout disparaîtra à la Révolution, des plombs de toiture aux panneaux peints aux armes des trente et un premiers chevaliers. « Ah ! Pourquoi faut-il que les enfants soient jaloux des chefs d’œuvre de leurs pères ! »  - Plus rien de la Sainte-Chapelle - « On en a pas laissé pierre sur pierre ».


La Sainte Chapelle de Dijon

On sait néanmoins par un état des biens établi le 9 août 1790 par Claude Basire cadet et Pierre Celse Jacquemard, commissaires du directoire du district, assistés de M. Larivotte, orfèvre, en présence de M. Pruhomme, sacristain, de quelles pièces se composait à cette date le principal du trésor de la Sainte-Chapelle, savoir :

Un ostensoir dont "le pied et les deux anges qui font support jusqu'à la hauteur où se place la Sainte Hostie sont en argent doré. L'intérieur de la châsse avec les deux figures de côté, la plaque et les adorateurs qui supportent l'hostie sont en argent doré. Tout le reste de la partie supérieure ainsi que la couronne sont en or, à l'exception des quatre supports de la couronne et ceux des croix en bijoux qui sont de cuivre non doré. Se trouve en bas de porte un médaillon composé de trente six roses en diamant, pouvant peser environ cinq carats, et, au milieu, un saphir d'environ neuf lignes en carré. Autour de la porte sont vingt perles fines, douze chatons composés chacun de trois roses et huit chatons de cristaux bruns ; au-bas de ladite porte un grand chaton de cristal ; au-dessus une améthyste d'environ dix lignes en carré ; au-dessus de cette améthyste sont une bague et un petit Saint-Esprit en brillants, composés, la bague de sept pierres et le Saint-Esprit de dix neuf, le tout pouvant peser environ cinq grains. Plus haut se trouvent placés : une petite croix composée de sept brillants ; plus haut, une autre composée de diamants taillés en table ; une autre croix composée de roses, taille de Hollande ; à droite, une autre croix très antique et émaillée composée de tables et roses ; à gauche une autre croix en or émaillé à laquelle sont vingt quatre diamants taillés en table ; la pierre du milieu est de cristal brun ; à cette croix pendent trois grosses perles fines ; par derrière est attachée une croix d'or émaillé."

Les bijoux suivants : une guirlande de deux cent trente trois perles fines de plusieurs grosseurs ; une croix avec son coulant, composée de six diamants roses ; une petite médaille en or représentant une Vierge ; une croix composées de six diamants roses ; une autre composée de cinq brillants ; un petit reliquaire en or autour duquel sont dix sept perles fines ; un petit médaillon représentant d'un côté une tête de Vierge et de l'autre une tête de Christ ; un autre médaillon à jour représentant l'Annonciation ; un reliquaire en or émaillé avec une grosse perle ; une petite croix en diamants roses montés sur or, composées de six pierres ; une autre croix composée de cinq diamants roses ; un petit cœur en or ; une large croix de cristal, au bas de laquelle est un chaton composés de neufs brillants.







P. S. : Existent actuellement deux ordres de la Toison d'Or, l'un espagnol dont le Grand Maître est le Roi Juan Carlos, le second, autrichien sous le commandement de Charles de Habsbourg-Lorraine (Karl. von Habsburg-Lothringen). Celui-ci, alors en compagnie de son prédécesseur et père Otto de Habsbourg, a défilé et tenu discours devant les chevaliers de la Toison d'Or et les dijonnais le 2 décembre 2007.


La viole de gamba



Mot de passe



« Dame de Bretagne et Saint-Aubin du Cormier » : bien étrange sésame pour la poterne du Louvre. Il rappelle certes la bataille de Saint-Aubin du Cormier (28 juillet 1488) donnant les clés de la Bretagne  et Anne de Bretagne au Roi de France, au terme de la « guerre folle », mais pourquoi cette bataille-ci plutôt qu’une autre ? Parce que le général vainqueur à la tête des troupes royales ( il  fera prisonnier le Duc d’Orléans, futur Louis XII ) n’est autre que Louis II de la Trémoille (Trémouille ou Trimouille - 1460 -1525), nommé Gouverneur de Bourgogne par le roi Louis XII ( ce qui lui fera dire la célèbre phrase : « un roi de France n’est pas fait pour venger les querelles du duc d’Orléans » ), lequel gouverneur sauvera Dijon, par ses très habiles mais coûteuses négociations, lors du siège de la ville par les troupes suisses et impériales (allemandes et franc-comtoises) du 8 au 13 septembre 1513.



Louis II de la Trémoille



Le point généalogique



Dans une précédente communication ,  la toute appartenance de la famille Bertrand, au terroir Bourguignon ( non Lorrain comme habituellement indiqué ) avait été montrée.  Des recherches complémentaires en agnation,  sur registres paroissiaux et d’état-civil, la confirment et établissent les données suivantes :


Louis Georges Bertrand, père du poète, est né, par inadvertance, le 22 juillet 1768 à Sorcy (Meuse) -ICI page 108/210 - de Denis Claude Bertrand né le 12 Janvier 1732 à Saulieu (21)[( paroisse Saint Saturnin - registre 1732, page 609/908 - ICI - décédé le 24 mars 1806 à Saulieu (21)] d’Emil(l)and Bertrand, boulanger puis aubergiste [( maître du Logis du Chapeau Rouge (1731-1737) à Saulieu (21) à la suite de son beau-père], et  de Claude (Claudine) Porcheron, née de Jean et de Jeanne Gruye(r), nés et décédés à Saulieu (21).



Saint-Saturnin


 Emil(l)and Bertrand né le 9 décembre 1701 à Nan sous Thil (21)[ registre 1701 - page 109/509 - ICI - ]    d'Emil(l)and et de Simon(n)e Guidet a épousé Claude Porcheron en l'église Saint Saturnin de Saulieu (21) le 7 novembre 1724 (registre 1724 pages 361-362/808 - ICI -), la dénommée à l'acte Claudine Porcheron signant Claude. Or il appert qu'Emil(l)and Bertrand père n'est autre qu' Emil(l)and Bertrand, né en 1664 à Nan sous Thil ( Thil la Ville - 12 Km de Saulieu) y décédé le 30 septembre 1749.  Il y avait épousé le 27 novembre 1694  Simone Guidet née le 28 octobre 1677 de Claude et de Rabuteau Claudine, née et décédée à Nan sous Thil (4 juin 1750).




Les Bertrand, dont la généalogie peut encore se remonter sur la commune de Fontangy (21), laboureurs et/ou marchands, étaient, à l'époque, très nombreux dans le canton de Précy sous Thil (21) et plus particulièrement à Nan sous Thil, Thil la Ville et Fontangy. Il en reste au moins un, à l'abord quelque peu rugueux mais doué d'un langage et d'un accent dignes d'un classement "aux monuments historiques".





P. S. :  1- De nouvelles données permettent d'établir que Pierre Bertrand né le 3 mars 1715 à Nan sous Thil (21) de Emil(l)and et de Simone Guidet, oncle de Denis Claude, maréchal ferrant, a épousé Thérèse Pargny à Sorcy (Meuse) le 29 avril 1749 [(éléments expliquant la rencontre de Denis Claude avec Charlotte Elisabeth Noël, originaire de Sorcy (Meuse)]. 2- Images temporaires reprises du site "Lieux sacrés"



Nan sous Thil



Petit village sis aux confins de l'Auxois, au pied de la "Butte de Thil", non loin des premiers contreforts du Morvan exhaussant la ville de Saulieu (21), Nan sous Thil (21) ne possède aucun monument très remarquable à l'exception de son église datant du XV ème siècle. Les terres des Bertrand sont là, étalées dans la plaine [(traversées par l'A6 au niveau de Semur en Auxois (21)], toujours exploitées par leur dernier représentant.

 
l'église de Nan s/s Thil -XV ème siècle


 La Butte de Thil, couronnée par son château (X-XII ème siècles) et sa collégiale (XII-XIV ème siècles), sur le territoire de Vic sous Thil, le surplombe ainsi que Thil la ville.


le château de Thil


la collégiale de Thil


P. S. :  Un nan(t) est un ruisseau ; un vic, un petit village.


Descendance


Louis "Aloysius" Bertrand ayant eu une demi-sœur (Denise), une sœur (Isabelle), deux frères (Balthazard, Frédéric), voici l'état, établi à ce jour, de la proche descendance de Georges Bertrand :

Nulle pour Louis et Frédéric Charles Bertrand, le benjamin de la famille,  né le 19 mars 1816 à Dijon (21), journaliste, aventurier, décédé le 28 juillet 1886 au domicile de son oncle Balthazard, 16, rue au Pain à Versailles (78) ( - ICI . page 276/505 ).

Denise, Claudine, Marie Bertrand, née le 9 mars 1800 ( 18 Ventose An VIII) à Montbard (21)[(décédée le 21 décembre 1864 à Dijon (21)], de Georges et de Marie-Jeanne Rémond (née le 23 février 1779 à Montbard (21) de Nicola(s) et de Drouhin Marie-Claude, décédée à Montbard (21) le 20 juin 1800 - 1 Messidor An VIII) a épousé le 21 janvier 1818 à Dijon (21) - ICI -  page 319/742 -, Abel Bonnet, né le 19 octobre 1796 (28 vendémiaire An V) à Dijon (21), de Joseph Bonnet, marchand, et de Anne Cogneau, demeurant à Dijon (21). De cette union sont nés : Junie Anaïs Bonnet (1819) épouse Alexis Lacour ; Jules Bonnet (1825) marié à Marie Olympe Badet ; Firmin Bonnet (1832) époux Marie Gautheron ; Delphine Etiennette Bonnet (1834) épouse Léon Gustave Gerboy.


Jacques Georges Laure Balthazard Bertrand, né le 17 juillet 1808 à Ceva (Italie), confiseur de son état, est décédé le 13 avril 1869 à Versailles (78), à son domicile 16, rue au Pain. De son union avec  Marie Virginie Lamiot [(née le 2 mars 1807 à Versailles (78) d'Athanase et de C(T)rehaut Françoise, décédée le 6 décembre 1896 à Versailles (78) - défaut de famille à l'acte] sont nés des jumeaux : Georges Louis Victor Bertrand le 13 novembre 1837 à Versailles (78), horloger-bijoutier, demeurant 14, rue Duplessis à Versailles (78) et Françoise Laure Aglaé Bertrand (actes du 14 novembre n° 603 et 604 du 14 novembre 1837 - ICI page 125/140 ), et (ajout du 1er avril 2013) Edmond Frédéric Bertrand le 29 juin 1842 à Versailles ( acte du 29 juin 1842 n°381 - ICI  page 88/157). Georges Louis aura deux enfants d’Apolline Lefevre  : Georges (1864) et Laure (1866).


Quant à Isabelle, Caroline (Élisabeth) née le 23 décembre 1812 à Spolète (Italie)(décédée à Paris le 4 novembre 1871), mariée le 18 novembre 1841 à Paris avec Laurent Coiret né le 16 février 1804 (26 Pluviôse An XII) à Mâlain (21) de Claude Coiret le Jeune, vigneron, et d'Adélaïde Coiret ( décédé à Paris  le 27 novembre 1859), elle aurait eu - selon Chabeuf - deux fils dont un, Albert, décédé le 19 novembre 1879 ( né le 24 février 1844 à Paris (6 ème) -Acte de décès n°1768 du 21 novembre 1879 de Paris (8ème) - marié à Marthe Élise Rive) -ICI - page 5 ; son aîné [( possiblement - d'après les archives reconstituées de la ville de Paris - Coiret Camille né le 14 novembre 1842 à Paris (6 ème)] ayant émigré en Amérique - sans autre précision.



Le château



Le château «  dont le pont tremble sous le pas de la jument éreintée du gendarme regagnant la caserne », imposé aux dijonnais par la volonté inflexible de Louis XI, suite à la chute sous Nancy de Charles le Téméraire , a attiré les haines populaires pendant les quatre siècles de son existence. Détesté par les tenants de Marie de Bourgogne et de Maximilien d’Autriche - d’où les cris de « Vive Bourgogne »  ou « Vive l’Empereur » entendus lors de séditions locales (dont  celle du « Lanturlu » ), il le sera  en tant que symbole de l’autorité centrale jusqu’à sa totale démolition courant 1893.











Maison de détention, il sera constitué caserne de Gendarmerie le 18 janvier 1798 et  nommé familièrement le "Château des gendarmes". Ses murs auront vu passer, entre autres, le chevalier d’Éon, Mirabeau et Toussaint Louverture.






Pour l'anecdote, le commandant de la place et du château, Jean-Baptiste Marie Joseph Brunet de Monthelie (1769-1830), refusera de faire tirer les salves traditionnelles dues à un officier décoré lors des obsèques de Georges Bertrand le 28 février 1828 au prétexte que " les cartouches affectées à cet usage étaient épuisées pour l'année 1828". Il s'ensuivit une courte polémique dans les colonnes du "Journal politique et littéraire de la Côte d'Or" ( 9 et 12 mars 1828).






(Photos tirées de gravures détenues par les Archives Municipales de la Ville de Dijon et autorisées à la publication sous condition de citation de la source.)

Cîteaux



De Cîteaux ( ICI),  abbaye fondée en 1098 (autour du 20 mars) par Robert de Molesme sur des terrains boisés et marécageux ( Cîteaux vient de cistel(le)  = jonc) donnés par le vicomte Raynard, son cousin,  il ne reste quasi rien. Plus de basilique abritant, entre autres, les sépultures de soixante ducs et duchesses de Bourgogne de la première race - de Eudes I à Philippe de Rouvres - (Capétiens), plus de déambulatoires ombreux, plus de scriptoriums hantés de présences laborieuses, plus de manuscrits magnifiquement enluminés ( 7 à 800 selon Courtépée dont 312 maintenant à Dijon ), mais la trace affligeante d'un immense crime contre la culture et l'histoire. Ne subsistent aujourd’hui qu’une partie de la bibliothèque ( les murs - 4 418 volumes ont été enlevés le 3 mai et 1 018 le 6  mai 1791 ) et le noviciat (mauvais état). L'ensemble, immobilier et mobilier, a en effet été vendu comme bien national courant 1791 puis démantelé et dispersé. Les derniers moines eux-mêmes quitteront les lieux le 10 mai 1791 pour n’y revenir que le 10 octobre 1898.



Basilique et bibliothèque (dessin de Martelange)


la bibliothèque ( à gauche, une extension du XIX°)






Citeaux en 1719 ( en bas, à gauche, le noviciat)




le noviciat (aujourd'hui)




un pignon du noviciat


En évoquant Cîteaux en ces termes  : " Une brume grisâtre lui dérobe au loin l'abbaye de Cîteaux qui baigne ses bois dans les marécages", Louis exprime non seulement une réalité physique mais aussi sa tristesse devant cette brume de cendres levée par les terribles excès révolutionnaires. On ne peut que s'en désoler avec lui.



Un des étangs des Moines



Marques d'éditeurs



Dans le dernier paragraphe de " A M. Victor Hugo" Louis compare la future exhumation de son livre par un bibliophile à " une trouvaille non moins précieuse que l'est pour nous celle de quelque légende en lettres gothiques, écussonnée d'une licorne ou de deux cigognes." Jacques Bony ( édition "GF Flammarion" ) ajoute en notule que la licorne était la marque du libraire éditeur parisien Thielman Kerver (14..-1522 - enseigne : "à la licorne") et, sur indication de Jean Céard, les cigognes celle de son confrère Sébastien Nivelle (1523-1603 - enseigne : "aux deux Cigongnes"). Quand on sait l'amour de Louis pour l'objet-livre, nul doute possible sur la validité de ces références. Les voici :







Un petit air de Rommelpot




Le rommelpot, évoqué dans "Harlem" ( "et le vieillard qui joue du Rommelpot") est un petit tambour à friction. C'est lui qu'on entend en accompagnement.

Le Diable



Le diable qui, selon ses propres dires, n'existerait pas - fin de la première préface - n'en est pas moins populairement supposé résider ici ou là, à la "Roche à la Bique" ou à la "Pierre Fendue", à l' "hermitage" ou aux "Portes du Diable".

D'ermitage point à la "Combe du Diable" - parallèle à la Bertrand - à deux pas de Notre-Dame d' Etang  ( sauf à lui concéder l'ensemble du vallon, bicorne à son sommet ).




Il est, par contre, bien présent aux "Portes du Diable", dans la "combe Champ-Moron", sous le "Bois de l' Hermitage". Incertaine est cependant sa rencontre ici avec Louis car les éléments de maçonnerie ( pouvant provenir de l'ancien hôtel Bernardon abattu par la ville de Dijon en 1758 ) ont été remontés solitaires en lisière du domaine "Champ-Moron" à une date inconnue.




les portes du diable



le diable (sous le linteau - zoomer)


(Pour une étude sur le diable : " Le Diable dans la littérature française de Cazotte à Baudelaire" de Max Milner - Corti - 1960)

André Hardellet (1911-1974)



Parmi les artistes contemporains, André Hardellet, auteur du poème intitulé "Le Tremblay", chanté par Guy Béart  ( "Si tu reviens jamais danser, Chez Temporel, un jour ou l'autre...") a toujours tenu "Gaspard de la Nuit" pour l'un de ses livres préférés et pour "une clé de la poésie moderne". Il s'en était ainsi ouvert à Fernand Rude : " Mon émerveillement est resté le même. Ce livre n'a pas une ride, il se situe hors du Temps. Et j'éprouve toujours l'impression de toucher là au mystère le moins exprimable de la poésie". Mots singulièrement justes balayant nombre d'analyses réductrices.







Un de ses poèmes tiré de "Sommeils" ne sera pas sans en rappeler un autre signé Bertrand :


 
Le poseur de grillon


Immobile, ravi, je me tenais près de la cheminée, épiant le silence. Soudain, le cri d'un grillon traversait ma torpeur - petite bulle qui venait éclore, toute proche et pourtant si mystérieusement étouffée qu'elle appartenait sans aucun doute à un autre monde. Un monde dont je suis toujours en quête, depuis.

Les grillons meurent ou vous quittent pour des raisons mal connues et, parfois, il faut attendre longtemps avant que d'autres ne viennent les remplacer. D'où l'utilité des Poseurs de Grillons. Dans les campagnes le prix moyen d'une pose n'est pas très élevé si bien que, d'ordinaire, ces spécialistes exercent un second métier. Ainsi Merlin, qui opérait chez nous, vendait des "pièges à filles". Ces pièges étaient des fleurs qu'il savait où cueillir et quand les filles les acceptaient elles ne pouvaient plus rien vous refuser. Merlin apprivoisait aussi les arcs-en-ciel pour les montrer dans les foires.

Un jour il réussit à poser un grillon dans un grand plat en faïence coloriée qui ornait notre cheminée.

Vous aviez beau examiner le plat à la loupe, aussi attentivement que possible, vous ne découvriez aucun trou, aucune fente où même le plus petit grillon du monde aurait pu se loger. Et, lorsque le plat tomba et se brisa, les morceaux de faïence ne révélèrent pas, non plus, la trace de l'insecte. Mais quelque chose avait dû s'envoler car il ne chanta jamais plus, une fois le plat réparé et suspendu de nouveau à sa place.


La fontaine Saint-Bénigne

Sur le territoire de la commune d'Epagny, à une lieue au nord d'Asnières, la fontaine Saint Bénigne n'est pas, à ma connaissance, directement évoquée par Louis. Elle est née, selon la légende, du doigt miraculeux de l'évangéliste assoiffé par son apostolat itinérant en terre aride (Savigny le Sec est limitrophe). Cependant, c'est là que les galibots viendront longtemps laver un minerai de fer réputé pour sa douceur, extrait à quelques encablures, afin de l'expédier ensuite, par tombereaux et voie d'eau (Saône), à la foire de Beaucaire décrite dans un article signé J-L. B du "Provincial" ( n° 54 -28 septembre 1828) (Voir plus loin ci-dessous). Des mines, ne demeurent plus aujourd'hui que galeries éboulées ou dangereuses, mais la source alimente toujours un lavoir séculaire suivi d'un bassin naturel.








De qui s'agit-il ?



"Il n’y a chez lui rien de moderne, et croire à une imitation, à un pastiche gothique, ce serait se tromper grandement. Il y a transposition d’époque, dépaysement d’âme, anachronisme ; voilà tout. Ces retours inexpliqués d’anciens motifs causent de piquantes surprises et font une rapide réputation d’originalité aux artistes que leur tempérament y porte.

Il avait l’air d’un de ces longs anges thuriféraires ou joueurs de sambucque qui habitent les pignons des cathédrales, et qui seraient descendus par la ville au milieu des bourgeois affairés, tout en gardant son nimbe plaqué derrière la tête en guise de chapeau, mais sans avoir le moindre soupçon qu’il n’est pas naturel de porter son auréole dans la rue.

On aurait eu dit que du haut de son pinacle gothique, X... , dominait la ville actuelle, planant sur l’océan des toits, regardant tournoyer les fumées bleuâtres, apercevant les places comme des damiers, les rues comme des traits de scie dans des bancs de pierre, les passants comme des fourmis ; mais tout cela confusément à travers l’estompe des brumes, tandis que de son observatoire aérien, il voyait en première loge et avec tous leurs détails, les roses de vitraux, les clochetons hérissés de crosses, les rois, les patriarches, les prophètes, les saints, les anges de tous les ordres, toute l’armée monstrueuse des démons ou des chimères, onglée, écaillée, dentue, hideusement ailée, guivres, tarasques, gargouilles, têtes d’âne, museaux de singe, toute la bestiaire étrange du moyen-âge.

A ses premiers essais, X..., dessinait comme avec des plombs de vitrail et semblait colorier avec une palette de peintre verrier. Pour obtenir des tons plus intenses, il employait des verres teints dans la masse. On peut y appliquer ce qu’un des amis de Joseph Delorme disait de certaines petites ballades de Victor Hugo, la chasse du Margrave, le Pas d’arme du roi Jean, que ce sont des vitraux gothiques."

S'agit-il de Louis Bertrand ? Non, mais de Célestin Nanteuil ainsi portrait dans son " Histoire du Romantisme" par Théophile Gautier. Sa conclusion : "Il continue son rêve du passé à Dijon ou il est directeur de l’école de dessin et où il peut continuer de contempler tout à son aise la flèche merveilleuse de la cathédrale et le donjon du Palais des Ducs en répétant avec « Gaspard de la Nuit » : « Gothique donjon…Et flèche gothique...Dans un ciel d'optique...Là-bas, c'est Dijon... ». Dijon est hospitalier aux peintres romantiques. Louis Boulanger... s'y éteint dans la pénombre de l'école qu'il dirigeait, et Célestin Nanteuil y profite de son loisir pour travailler."

Ce qui montre, malgré le peu d'appétence de Gautier pour les "fantaisies mignonnes" de Louis Bertrand, qu'il les avait néanmoins bien en tête.




Célestin Nanteuil (Célestin-François Nanteuil-Lebœuf - 1813-1873), peintre, graveur, illustrateur, proche de Victor Hugo et de Gérard de Nerval, a été nommé, en 1848, directeur de l’Académie puis du Musée des beaux-arts de Dijon.

Une illustration d' Auguste Leroux







LES CINQ DOIGTS DE LA MAIN



Le pouce est ce gras cabaretier flamand, d'humeur goguenarde et 
grivoise, qui fume sur sa porte, à l'enseigne de la double bière de
mars.

L'index est sa femme, virago sèche comme une merluche, qui dès
le matin, soufflette sa servante dont elle est jalouse, et caresse la
bouteille dont elle est amoureuse.

Le doigt du milieu est leur fils, compagnon dégrossi à la hache, qui
serait soldat s'il n'était brasseur, et qui serait cheval s'il n'était homme.

Le doigt de l'anneau est leur fille, leste et agaçante Zerbine qui vend
des dentelles aux dames, et ne vend pas ses sourires aux cavaliers.

Et le doigt de l'oreille est le Benjamin de la famille, marmot pleureur
qui toujours se brimbale à la ceinture de sa mère comme un petit 
enfant pendu au croc d'une ogresse.






Dessins réalisés par Auguste Leroux pour l'édition de "Gaspard de la Nuit" d' Edouard Pelletan. Cet ouvrage est répertorié au chapitre des "Ouvrages annoncés en préparation qui n'ont pas été publiés"  ( page 141 du catalogue général de l'oeuvre d'Edouard Pelletan ( R. Helleu, libraire-éditeur, 1913 - VII-XXI-152p : ill ; 18 cm) - Information transmise par Olivier Bogros, bibliothécaire.


D'autres...












Encore... et fin.












Annonce de "Gaspard de la Nuit" - Revue du Lyonnais -1843 - Anonyme



« Vainement le siècle étend sur nous son manteau de glace : il se trouve encore quelques âmes fraîches et poétiques qui fleurissent comme les primevères, sous la neige. Louis Bertrand fut une de ces âmes privilégiées. Son livre, Gaspard de la Nuit, fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot, est une suite de petites ballades en prose dont le couplet ou le verset exact simula admirablement la cadence du rythme ; ces petites pièces travaillées avec délicatesse et un art infinis, rappellent ces bijoux de la Renaissance dont la ciselure est plus précieuse que la matière. On retrouve dans quelques-unes le piquant et la naïveté des vieux Noëls, et dans toutes le secret et la forme de la facture à un haut degré. Gaspard de la nuit a sa place marquée tout à côté d’Hoffmann, dont l’auteur à dû plus d’une fois s’inspirer. Une notice pleine d’intérêt dont Sainte-Beuve a fait précéder ce recueil, nous apprend que Louis Bertrand, poète par l’esprit et par le cœur, est mort à trente ans de la mort de Gilbert et d’Hégésippe Moreau. »

Baudelaire



On sait ce que « Gaspard de la Nuit » doit à Baudelaire. Ses lettres à Houssaye (1861) marquèrent « l’heure où le jour chassa le crépuscule » ( « J’ai une petite confession à vous faire. C’est en feuilletant, pour la vingtième fois au moins, le fameux « Gaspard de la Nuit d’Aloysius Bertrand… que l‘idée m‘est venue de tenter quelque chose d‘analogue… » - « … mais j’ai bien vite senti que je ne pouvais pas persévérer dans ce pastiche et que l’œuvre était inimitable.»).

On sait, par son ami Prarond, sa lecture de « Gaspard de la Nuit » dès 1842 : « Je dois noter…l’impression que firent sur lui, dès qu’elles parurent, les « Fantaisies » d’Aloysius Bertrand. Il en garda la marque, et c’est à cette estime particulière, dont hérita plus tard Asselineau, que « Gaspard de la Nuit » doit son édition de Paris-Bruxelles, 1868. ».

Mais on ne sait toujours pas la raison de sa présence à Dijon fin 1849 début 1850. Fuite devant de pressants créanciers ? Journalisme ? Ses lettres de décembre et des 10 et 12 janvier adressées de la capitale des Ducs à son conseil judiciaire, Maître Ancelle, notaire à Paris, n’en disent rien, pas plus que les journaux dijonnais contemporains.

Peut-être est-il tout simplement venu saluer la cité nourricière de son modèle comme par la suite Yvan Tourguéniev, père du poème en prose russe, du 9 au 14 mars 1857 ( avec Léon Tolstoï ).